Pensées du jour

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mercredi 19 février 2014

La détresse...

Ces derniers jours, semaines, mois, je suis confrontée à plusieurs types de détresses autour de moi.

Mais pas la petite détresse, celle que l'on ressent quand on est dans une position délicate et qu'on cherche le regard de notre voisin pour qu'il nous sorte de notre pétrin momentané (je vous raconterais une autre fois mes nombreuses péripéties... Sayiaz et ses deux mains gauches).

Non, je parle de la détresse qui s'insinue, qui nous fait perdre nos moyens, celle contre laquelle on lutte tellement fort tous les jours qu'on en est fatigué.

 

La semaine dernière, j'étais en réunion d'information avec d'autres personnes qui sont en licenciement économique également.

Des gens de divers horizons, des gens de tout âge : il y a ce monsieur licencié à 6 mois de la retraite, cette dame toute coquette licenciée au bout de 27 ans de boîte : merci au-revoir.

Il y a ce jeune de 24 ans qui rêve depuis toujours de devenir coach sportif mais qui finalement va faire cariste pour remplir le frigo.

Cette dame qui fume des clopes roulées et qui était informaticienne, qui selon les modules arrive plus ou moins en forme.

Cette jeune de 23 ans qui a choisi le métier de libraire et qui a déjà été licencié 2 fois économiquement parce que les librairies c'est plus "in". Elle cherche un autre métier.

Ce boulanger de 40 ans, cet intérimaire qui avait décidé de franchir le pas et de signer un CDI et qui pointe chez Pôle, cette maman solo de 30 ans qui bossait dans l'evenementiel mais qui ne peux plus suivre avec son poussin de 3 ans.

 

Et puis, il y a cette dame. Dame d'un âge inconnu, qui a travaillé 38 ans dans la même entreprise, cette dame qui pensait finir sa carrière dans cette boîte et qui nous dit :

"Le chômage c'était pour les autres, les tire-au-flan."

Cette dame qui ressemble à ces petites dames de villages, pas tout à fait à la mode, mais joliment habillé, cette dame qui est une dame parmi les autres. Cette dame qui souffre du regard de ses amis, de sa famille

"Yo, mais tu t'rends compte, je chuis tombée au chomache" (oui, j'habite en Alsace).

Cette dame qui nous raconte son histoire en pleurant. Les larmes sont trop lourdes, elle ne peut les retenir. Cette dame que tout le monde essaie de rebooster, cette dame en détresse. Et à elle quel est son avenir ? Elle a commencé en job d'été dans cette boîte et a grimpé peu à peu les quelques échelons qu'elle pouvait.

Elle nous regarde tous comme si nous étions des fous. Je raconte mon histoire, elle ne comprend pas.

"Ah les cheunes de nos chours, ils savent pas comme c'est dur la vie".

Je ne lui en veux pas, elle n'est pas de ma génération, même pas celle de mes parents qui ont compris que parfois passer par la case Pôle Emploi peut être un mal pour un bien.

Cette dame que tout le monde essaie d'aider comme il peut, en mettant en stand-by leur propre problème pour lui donner des tuyaux, pour que ses larmes sèchent.

Des histoires comme cette dame, il doit en avoir des milliers à travers la France, des milliers de Madame qui se retrouvent au chômage après 35 de boîte, des Madame qui ne comprennent pas comment elles en sont arrivés là, des Madame qui avaient une vie pépère, qui ont donné leurs vies et leurs santés pour leurs boulots et qui en récompense sont juste remerciés quand le boss se tire avec la caisse.

 

Il y a aussi cette détresse de tous les jours, celle que je rencontre ailleurs, contre laquelle malheureusement je suis totalement impuissante.

La détresse de cette jeune fille de 21 ans qui est en train de perdre son papa d'une (très) longue maladie.

Cette maman de 32 ans enceinte à nouveau qui a dit adieu à son papa subitement, après avoir perdu sa maman à 14 ans.

Cette grande dame qui pleure tous les jours le décès de son âme soeur et qui n'a rien pu faire pour le sauver (parce que quand c'est l'heure, c'est l'heure, personne n'y peut rien, malheureusement).

 

Ce sont des détresses qui nous touchent parce que ce sont nos proches, mais surtout parce que ce sont des détresses contre lesquelles on ne peut rien faire. Des détresses qui n'ont pas de temps limité, des détresses qui les poursuivront chacune probablement encore longtemps. Ces détresses que je déteste par dessus tout.

 

" La détresse humaine nous consacre dans cette communauté humaine.
Il est impossible de nous isoler des hommes."

Louise Gonzague Pelletier

Posté par Sayiaz à 12:07 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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