Pensées du jour

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lundi 24 février 2014

Une fin, un espoir ?

Mademoiselle R et Jeune J se marie dans 4 mois et demi... le stress est en train de monter tout doucement, les derniers préparatifs se mettent en place, la joie et le bonheur leur tendent les bras.

Étant propulsée témoin par mademoiselle R., me voilà voler à son secours et en surprise (organisée par son futur, toujours très attentionné!) à son essayage de robe de mariée (950 km en avion, c'est rapide finalement!) et leur essayage traiteur.

Par une belle journée ensoleillée pleine de la joie et remplie de larmes d'émotions, les mamans et les témoins étaient présentes, "nous" avons essayer THE dress, celle dont elle rêve depuis toute petite, celle qui lui sied parfaitement, celle qui la transforme littéralement en princesse !

Le traiteur était parfait, mets délicieux, original et goûteux, tout ce qui leur ressemble, un alliage de modernité et de classique. Tout discrètement la dame qui nous reçoit écrit mon numéro derrière une feuille afin qu'elle puisse me joindre pour connaître les animations prévues pendant le déjeuner et le dîner ! Bref, une organisation top niveau.

(Oui, un mariage à la bretonne il faut s'accrocher : mairie à 9h30, église à 10h30, vin d'honneur à 12h, suivi du repas jusqu'à 17h, puis rebelote : apéro, dîner et soirée dansante à partir de 19h... je vous raconterais!)

Toute cette bonne humeur et cette joie sont malheureusement flétries par la maladie du papa de mademoiselle R. Depuis 8 ans, sa leucémie le fait souffrir, avec des moments de grands hauts et des moments de très très très bas. En 8 ans, même dans les pires moments, il a toujours réussi à rebondir, à sortir de l'hosto, à retourner à la maison.

Mais cette fois-ci, cette fois, il semble que les choses soient différentes. Les médecins ont décidé les uns après les autres de stopper les traitements : la chimio c'est terminé. Il reçoit encore des culots de sang pour atténuer les souffrances, il est perfusé d'antibiotiques pour faire baisser la fièvre (à plus de 38 depuis près de 3 mois) et cette affection qui lui détruit chaque centimètre carré de son corps.

Et je le vois, là, sur son lit d'hôpital, peut-être pour la dernière fois, rachitique et pâle mais avec sa parole légendaire et ses idées en ordre. Il tarde à me reconnaître, mais une fois le masque enlevé, il me remet et partage avec moi des souvenirs de mon enfance, me demande des nouvelles de ma fille qu'il n'a vu qu'en photos, il me demande des nouvelles de Mamie.

C'est très étrange pour moi, car toutes les personnes qui j'ai accompagné jusqu'au dernier souffle ont toujours assez rapidement perdu la raison, en tout cas, dans son état à lui, les échanges n'étaient plus possible. Lui par contre reste "droit dans ses bottes" et ses idéaux ne sont pas altérés.

Cette étrange impression ne s'atténuera pas. Selon les médecins, il restera lui jusqu'au bout. Mademoiselle R, aide-soignante, sait comment tout cela va se terminer, elle est elle-même aide-soignante en soin palliatif et accompagne presque tous les jours des personnes vers la fin. Elle connaît cette inhumaine fin de vie, elle connaît les dernières idées, elle les vois, tous, mort.

Elle est forte et soutenue par son futur, mais elle flanche. Il est revenu tant de fois d'états inespérés, cette fois-ci elle n'y croit pas, il a toute sa tête malgré ses 72 ans, il n'a pas le droit, pas à 4 mois de son mariage.

Nous les pressons de lui dire ce qu'elles veulent lui dire une dernière fois, de passer des moments d'émotions intenses. Elle lui a montré sa robe et le repas du traiteur. Elle lui parle de son mariage, de son voyage de noces. Elle lui montre que Jeune J. est quelqu'un de bien, mais les derniers mots, les dernières paroles, que nos mères respectives n'ont pas pu avoir avec leur propre père, ne sortent pas.

Elles espèrent toutes les 3, elles espèrent avoir quelques mois, elles espèrent qu'il sera là le 12 juillet. En discutant avec Jeune J., pompier volontaire de son état, on se rend compte que même s'il est encore là en juillet, il parait presque impossible qu'il se rende à leur mariage.

En attendant, elle laisse tout de côté, ne s'occupe pas trop de son mariage, elle délègue à son futur, Jeune J., qui est prévenant.

L'espoir est-il qu'il quitte enfin ce corps qui le fait atrocement souffrir ou l'espoir est-il qu'il soit encore là, dans sa chambre pendant que sa fille se marie ?

Quand il n'y a plus d'espoir, il ne reste que des mots, dérisoires.

Saleté d'espoir.

 

Posté par Sayiaz à 12:21 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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